Démarche artistique Véronique Lechevallier

La photographie est censée restituer la réalité. Mais le Photographe, de part son regard singulier sur le monde, veille malgré lui à ce que ne ce soit pas tout à fait le cas. L’image réalisée est aussi le reflet de sa propre réalité. Me situant donc au carrefour de la réalité extérieure et de ma réalité intérieure, je me sers du monde comme support pour le gloutonner et le restituer un peu gauchi, passé par mes mythes personnels. Je me sens comme une caisse de résonance qui vibre au chant des fondamentaux communs et universels.

La photographie est à ce jour utilisée par tous et pour tout. "Prendre", "shooter", "encadrer", "mitrailler", "tirer" une photographie ne sont pourtant pas des actes anodins. La réflexion à propos de l’acte photographique me tient à cœur. Je me sens avoir une responsabilité dans l’image que je produis et que je montre, et dans la façon dont je la produis. J’accepte de ne pas ʺ avoir ʺ une photographie magnifique si les conditions humaines ou si le moment ne s’y prêtent pas. Et je profite, entre autres, de ce questionnement sur ma gêne à gêner pour ne pas me gêner pour en réaliser des projets.

J'utilise la photographie comme un moyen d'expression et de réflexion, et non une fin en soi. Traiter d'une idée et la mettre en forme est mon moteur. Le projet doucement émerge de ses limbes, s'épanouit sous mes yeux, je n’ai qu’à l’encadrer, le laisser aller tout en surveillant son cheminement vers l’objectif que je me suis fixé. Le projet se construit par l’association des images et le sens qui émerge de l’ensemble. Je privilégie l’image qui va nourrir le projet à l’image idéale. L'esthétique est pour moi au service du sens, et non l'inverse.

Lorsque l’ironie ou l‘humour pointent, je les laisse faire volontiers sans avoir pour objectif premier de faire rire. Dans la société actuelle où je me sens corsetée serrée, j'ai envie de partager le décalage qui souvent m'habite. De plus, le monde de la photographie est, d'après ce que je constate jusqu'à présent, assez sérieux. J’aime l’idée de gambader joyeusement dans des domaines où “ça ne se fait pas”.

Par ailleurs ancienne monteuse de films documentaires, je reste animée par la notion de narration. J’aime l’association des images ensemble, les liens qu’elles font les unes avec les autres, les narrations qu’elles laissent émerger grâce à leurs rapprochements. Le choix drastique de quelques images parfaitement sélectionnées ne me convient pas toujours. Alors, je choisi parfois de ne pas choisir et de laisser libre cours à ma logorrhée graphique. L'écrit a aussi la permission de s'en mêler. J'entre dans une aventure visuelle, temporelle, sonore, littéraire ou scénaristique. Ainsi, la Photographie que j'interroge, juge, accompagne, adule, parfois même malmène garde sa place mais n'est plus la seule maître à bord. Elle partage son espace avec d'autres formes d'expression et aussi avec l'être humain Photographe et ses affirmations. Elle devient plus grande qu'elle-même.


PS féministe : Je suis une femme, je devrais donc employer LA photographe. Et pourtant, j'emploie le masculin qui me semble plus neutre… Il est pourtant loin de l'être, bien entendu. Dans une prochaine la réforme de l'orthographe, j'attends qu'on intègre la notion du neutre à notre langue. Ou bien un générique. Nous pourrions dire Lo photographe, par exemple...
Pour enfin ne plus entendre lors des cours de grammaire ʺC'est la masculin qui l'emporteʺ.

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